Naturalisation-Facile.fr Parcours de naturalisation
Procédure

Casier judiciaire B2 et naturalisation : ce que consulte la préfecture (2026)

Publié le 2 juillet 2026 · 9 min de lecture · Par Aïcha K. (pseudo)

Casier judiciaire et naturalisation : le bulletin n°2 (B2) consulté par la préfecture et la SDANF, articles 21-23 et 21-27 du Code civil

📌 En bref

Le casier judiciaire comporte trois bulletins (B1, B2, B3). Pour votre naturalisation, la préfecture et la SDANF obtiennent le bulletin n°2 (B2), réservé aux administrations, et consultent séparément le fichier de police TAJ. L'objectif : vérifier la condition de « bonnes vie et moeurs » exigée par l'article 21-23 du Code civil.

Certaines condamnations sont un obstacle légal absolu (art. 21-27) : atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, terrorisme, ou peine d'au moins 6 mois d'emprisonnement ferme. Les autres condamnations sont appréciées au cas par cas. Une condamnation peut être retirée du B2 par requête (art. 775-1 CPP) ou effacée par réhabilitation - ce qui lève l'obstacle automatique.

1. B1, B2, B3 : trois bulletins, des accès différents

Le casier judiciaire national, géré par le ministère de la Justice à Nantes, enregistre les condamnations pénales définitives. Il se décline en trois bulletins, du plus complet au plus restreint, prévus par les articles 774 à 777 du Code de procédure pénale :

Bulletin Contenu Qui peut l'obtenir
B1 Le plus complet : quasiment toutes les condamnations. Uniquement les autorités judiciaires.
B2 La plupart des condamnations pour crime et délit (avec des exclusions prévues par l'art. 775 CPP). Certaines administrations, dont la préfecture pour la naturalisation. Jamais l'intéressé.
B3 Le plus restreint : condamnations les plus graves (peines fermes de plus de 2 ans, notamment). Vous seul, gratuitement en ligne.

💡 À retenir

Vous ne pouvez pas consulter votre propre B2. Le seul bulletin que vous obtenez vous-même est le B3, plus restreint. Un B3 vierge ne garantit donc pas un B2 vierge : c'est un piège fréquent des dossiers de naturalisation.

2. Ce que consulte la préfecture : le B2 (et le TAJ)

Pendant l'instruction de votre demande, la préfecture puis la SDANF (sous-direction de l'accès à la nationalité française) obtiennent le bulletin n°2 de votre casier, sur le fondement de l'article 776 du Code de procédure pénale qui ouvre le B2 à certaines administrations. C'est la pièce qui recense vos condamnations pénales.

En parallèle, une enquête administrative de moralité (fondée sur l'article L114-1 du Code de la sécurité intérieure) autorise la consultation du fichier de police TAJ (Traitement d'antécédents judiciaires). Il ne faut pas confondre les deux :

  • Le casier judiciaire (B2) ne contient que des condamnations définitives.
  • Le TAJ contient en plus les mises en cause sans condamnation : classements sans suite, relaxes, non-lieux, enquêtes en cours.

Autrement dit, vous pouvez avoir un casier totalement vierge et malgré tout une mention au TAJ qui ressortira à l'enquête. Si c'est votre cas, la procédure est différente : voir notre guide dédié à l'effacement du fichier TAJ.

3. La règle légale : articles 21-23 et 21-27 du Code civil

Deux articles du Code civil structurent l'examen de votre passé pénal :

Article 21-23 : les « bonnes vie et moeurs »

Nul ne peut être naturalisé s'il n'est pas de bonnes vie et moeurs. C'est une appréciation globale et discrétionnaire de votre comportement : une condamnation, même sans obstacle absolu, peut y être prise en compte.

Article 21-27 : les obstacles légaux absolus

Nul ne peut être naturalisé s'il a été condamné pour un crime ou délit portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, pour un acte de terrorisme, ou, quelle que soit l'infraction, à une peine d'au moins 6 mois d'emprisonnement ferme (sans sursis). Le même article vise aussi l'arrêté d'expulsion non rapporté, l'interdiction du territoire non exécutée, et le séjour irrégulier.

✓ L'exception qui débloque

L'article 21-27 précise lui-même que son obstacle ne s'applique pas à la condamnation ayant bénéficié d'une réhabilitation (de plein droit ou judiciaire), ni à celle dont la mention a été exclue du B2 en application des articles 775-1 et 775-2 du Code de procédure pénale. Ce sont les deux leviers détaillés plus bas.

4. Quelles mentions posent problème

Toutes les condamnations n'ont pas le même poids. Voici la lecture qu'en fait l'administration :

Crime ou délit portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, ou acte de terrorisme

Obstacle légal absolu (art. 21-27), quelle que soit la peine prononcée.

Condamnation à une peine égale ou supérieure à 6 mois d'emprisonnement ferme (sans sursis)

Obstacle légal (art. 21-27), sauf réhabilitation ou exclusion de la mention du B2.

Autres condamnations inscrites au B2 (sursis, peine < 6 mois ferme, amende délictuelle)

Pas d'obstacle automatique, mais appréciées au titre des bonnes vie et moeurs (art. 21-23).

Contraventions des 4 premières classes, amendes forfaitaires courantes

En principe non inscrites au casier : sans incidence sur la demande.

Bon à savoir. Le seuil des « 6 mois » vise l'emprisonnement ferme. Une peine assortie d'un sursis total n'entre pas dans l'obstacle automatique de l'article 21-27, mais elle reste appréciée au titre des bonnes vie et moeurs. La nature des faits et leur ancienneté comptent autant que la peine.

5. Non-lieu, relaxe, classement sans suite

Le casier judiciaire n'enregistre que des condamnations définitives. Par conséquent, ne figurent jamais au B1, au B2 ni au B3 :

  • un classement sans suite décidé par le procureur ;
  • un non-lieu prononcé à l'issue d'une instruction ;
  • une relaxe ou un acquittement ;
  • une enquête en cours sans jugement.

Ces situations sont donc neutres au regard du casier. Le piège est ailleurs : ces mêmes faits peuvent rester inscrits comme mise en cause au fichier TAJ et ressortir à l'enquête administrative de moralité, où ils peuvent être lus, à tort ou à raison, comme un antécédent.

💡 Le bon réflexe

Si votre difficulté vient d'un non-lieu, d'une relaxe ou d'un classement, ce n'est pas le casier qu'il faut viser mais le TAJ : demandez son effacement au procureur (art. 230-8 CPP). Tout est expliqué dans notre article Effacer son fichier TAJ.

6. Faire retirer une condamnation du B2 (art. 775-1 CPP)

L'article 775-1 du Code de procédure pénale permet au tribunal d'exclure la mention d'une condamnation du bulletin n°2. Cette exclusion peut être :

  • demandée au moment du jugement, directement à la juridiction qui condamne ;
  • ou sollicitée plus tard, une fois la peine exécutée, par requête adressée à la juridiction qui a prononcé la condamnation.

Le tribunal apprécie votre réinsertion (travail, stabilité, absence de tout nouveau fait). S'il accorde l'exclusion, la condamnation disparaît du B2 tout en restant au B1. Pour la naturalisation, l'effet est décisif : l'article 21-27 du Code civil écarte expressément son obstacle pour une condamnation exclue du B2.

Attention. L'exclusion du B2 lève l'obstacle légal automatique, mais l'administration garde son pouvoir d'appréciation des faits au titre des bonnes vie et moeurs (art. 21-23). Ce n'est donc pas une garantie de naturalisation, mais cela retire le motif de refus le plus dur.

7. La réhabilitation : effacer la condamnation

La réhabilitation efface la condamnation (art. 133-16 du Code pénal) : elle est retirée du B2 et du B3 (mais conservée au B1). Elle existe sous deux formes :

Réhabilitation de plein droit

Automatique, sans démarche, si vous ne subissez aucune nouvelle condamnation pendant un délai fixé par l'article 133-13 du Code pénal :

  • 3 ans pour une amende ou des jours-amende ;
  • 5 ans pour une peine unique d'emprisonnement d'au plus 1 an ;
  • 10 ans pour une peine d'emprisonnement d'au plus 10 ans (ou plusieurs peines cumulées d'au plus 5 ans).

Réhabilitation judiciaire

Demandée par requête (art. 782 et suivants du Code de procédure pénale), elle permet d'obtenir la réhabilitation avec des délais plus courts, sous réserve d'avoir exécuté sa peine et de démontrer une bonne conduite. La chambre de l'instruction statue.

Comme l'exclusion du B2, la réhabilitation lève l'obstacle de l'article 21-27. Mais, là encore, elle n'oblige pas l'administration à accorder la nationalité : les faits peuvent rester pris en compte dans l'appréciation d'ensemble.

Pour demander l'exclusion d'une condamnation de votre bulletin n°2, nous mettons à disposition un modèle de lettre interactif : vous remplissez vos informations et la requête se génère, prête à copier, télécharger ou imprimer.

📄

Modèle de lettre

Générer ma requête d'exclusion du B2

Formulaire guidé sur le fondement de l'article 775-1 CPP. Copier, télécharger en PDF ou Word, ou imprimer en un clic. 100% gratuit.

Commencer

8. Conseils avant le dépôt

📄

Demander votre bulletin n°3

Le B3 est le seul bulletin que vous pouvez obtenir vous-même, gratuitement, sur casier-judiciaire.justice.gouv.fr. Il ne montre pas tout le B2, mais il révèle les condamnations les plus lourdes.

🔎

Vérifier aussi le TAJ

Le casier ne dit rien du fichier de police TAJ. Faites un droit d'accès via la CNIL pour savoir si une mise en cause y figure, et anticiper une demande d'effacement.

Anticiper avant de déposer

Si une condamnation risque de bloquer (6 mois ferme, mention au B2), engagez la requête 775-1 CPP ou la réhabilitation en amont : ces procédures prennent plusieurs mois.

🧾

Ne rien dissimuler

Le dossier repose sur des déclarations sincères. Une fausse déclaration peut entraîner un refus, voire le retrait ultérieur de la nationalité pour fraude (art. 27-2 du Code civil).

💼

Documenter votre insertion

Face à une condamnation ancienne, joignez les preuves de votre réinsertion : emploi stable, avis d'imposition, attestations, absence de tout fait depuis.

⚖️

Vous faire accompagner

Pour une condamnation significative ou une requête technique, l'appui d'un avocat pénaliste augmente sensiblement les chances d'exclusion du B2 ou de réhabilitation.

💡 En résumé

Une condamnation n'est pas toujours rédhibitoire. Identifiez si elle relève d'un obstacle absolu (art. 21-27) ou d'une simple appréciation (art. 21-23), puis, si besoin, engagez à temps une exclusion du B2 ou une réhabilitation pour lever l'obstacle avant de déposer.

FAQ

La préfecture regarde-t-elle mon casier judiciaire pour la naturalisation ?

Oui. Lors de l'instruction de votre demande, la préfecture puis la SDANF (sous-direction de l'accès à la nationalité française) obtiennent le bulletin n°2 (B2) de votre casier judiciaire, réservé à certaines administrations (art. 776 du Code de procédure pénale). Elles consultent aussi, par une enquête administrative de moralité distincte, le fichier de police TAJ. Le B2 recense vos condamnations pénales ; le TAJ recense en plus les mises en cause sans condamnation. Les deux servent à apprécier la condition de bonnes vie et moeurs de l'article 21-23 du Code civil.

Quelle est la différence entre le bulletin n°2 (B2) et le n°3 (B3) du casier ?

Le B3 est le bulletin le plus restreint : il ne contient que les condamnations les plus graves (notamment les peines d'emprisonnement ferme de plus de deux ans) et il est le seul que vous pouvez demander vous-même, gratuitement. Le B2 est plus complet : il contient la plupart des condamnations pour crime et délit, et n'est délivré qu'à certaines administrations, dont les préfectures pour la naturalisation. Un B3 vierge ne signifie donc pas que votre B2 l'est aussi. Le B1, le plus complet, est réservé aux autorités judiciaires.

Une condamnation entraîne-t-elle un refus automatique de naturalisation ?

Pas toujours. L'article 21-27 du Code civil pose un obstacle légal absolu dans trois cas : condamnation pour crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, condamnation pour acte de terrorisme, et toute condamnation à une peine égale ou supérieure à six mois d'emprisonnement ferme (sans sursis). En dehors de ces cas, une condamnation n'interdit pas la naturalisation, mais elle est appréciée par l'administration au titre des bonnes vie et moeurs (art. 21-23) : nature des faits, ancienneté, comportement depuis. Un ajournement ou un refus reste possible selon la gravité.

Un non-lieu, une relaxe ou un classement sans suite apparaissent-ils au casier ?

Non. Le casier judiciaire n'enregistre que les condamnations définitives. Un non-lieu, une relaxe, un acquittement ou un classement sans suite ne sont pas des condamnations : ils ne figurent donc ni au B1, ni au B2, ni au B3. En revanche, ces faits peuvent rester inscrits au fichier de police TAJ en tant que mise en cause, et ressortir à l'enquête administrative de moralité. C'est le TAJ, et non le casier, qu'il faut alors faire rectifier.

Comment faire retirer une condamnation de mon bulletin n°2 ?

Vous pouvez demander l'exclusion de la mention au B2 par une requête adressée à la juridiction qui a prononcé la condamnation, sur le fondement de l'article 775-1 du Code de procédure pénale. Cette demande peut être formée au moment du jugement ou plus tard, une fois la peine exécutée. Le tribunal apprécie votre réinsertion. Si l'exclusion est accordée, la condamnation ne figure plus au B2 et, en application de l'article 21-27 du Code civil, l'obstacle légal automatique lié à cette condamnation ne s'applique plus.

La réhabilitation efface-t-elle la condamnation pour la naturalisation ?

La réhabilitation (de plein droit après un délai sans nouvelle condamnation, art. 133-13 du Code pénal, ou judiciaire sur requête, art. 782 et suivants du Code de procédure pénale) efface la condamnation : elle est retirée du B2 et du B3 (elle reste au B1). L'article 21-27 du Code civil prévoit expressément que son obstacle ne s'applique pas au condamné réhabilité. Attention toutefois : la réhabilitation lève l'obstacle légal automatique, mais l'administration conserve son pouvoir d'appréciation des faits au titre des bonnes vie et moeurs.

Les contraventions et petites amendes bloquent-elles la naturalisation ?

En principe non. Les contraventions des quatre premières classes et les amendes forfaitaires courantes (stationnement, excès de vitesse mineur) ne sont pas inscrites au casier judiciaire et n'ont pas d'incidence sur la demande. Seules les contraventions de 5e classe et les condamnations pour délit ou crime figurent au casier. Une amende délictuelle isolée et ancienne est rarement bloquante à elle seule, mais elle entre dans l'appréciation globale de votre dossier.