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Ajournement · motif par motif

Naturalisation avec un CDD, en intérim, en période d'essai ou au chômage : ce que regarde la préfecture en 2026

Publié le 23 octobre 2026 · 8 min de lecture · Par Myriam A. (pseudo)

La réponse simple

Un CDD ou l'intérim ne vous interdit pas la naturalisation. Mais depuis 2025, la préfecture veut voir l'un de ces deux parcours.

1. Un CDI de plus d'un an

Compté au moment où votre dossier est examiné, pas au dépôt.

2. Ou 24 mois de CDD sans trou

Des contrats qui se suivent pendant deux ans, sans période sans travail.

Dans les deux cas, il faut aussi un salaire au niveau du SMIC (plus si vous avez une famille), sans compter les aides.

Votre situation, en un coup d'œil

CDI de plus d'un an, temps plein

Conforme

C'est le cas prévu par la circulaire, à la date où votre dossier est examiné. Vos revenus doivent aussi atteindre le niveau du SMIC, hors aides.

CDD enchaînés sans interruption depuis 24 mois

Conforme

La circulaire accepte « une continuité de travail sous contrats à durée déterminée sur une période de vingt-quatre mois ». Gardez tous les contrats et toutes les fiches de paie.

Intérim (missions)

À justifier

La circulaire de 2025 ne parle pas de l'intérim. Celle de 2012 dit qu'il ne doit pas être un obstacle en soi. Ce qui compte : des missions sans trou et des revenus réguliers au niveau du SMIC.

CDI récent, période d'essai

Risque

Un CDI de moins d'un an au moment de l'examen ne remplit pas le critère. Si avant ce CDI vous aviez 24 mois de travail continu, c'est ce parcours qui compte.

CDI à temps partiel

Risque

Le contrat est bon, mais le salaire doit atteindre le niveau du SMIC (majoré selon votre famille). Sur les forums, des CDI à temps partiel ont été ajournés 2 ans pour revenus insuffisants.

Chômage, période sans emploi

Risque élevé

Un trou casse la « continuité » demandée pour les CDD. Une période courte et expliquée passe mieux qu'une longue. Les revenus sont appréciés hors prestations sociales.

Handicap ou maladie de longue durée

Critères non appliqués

La circulaire écrit que ces critères ne s'appliquent pas aux personnes handicapées ni aux personnes souffrant d'une maladie de longue durée. Une insuffisance de revenus due à la maladie ou au handicap ne peut pas vous être opposée.

Ces repères viennent des textes cités plus bas. La préfecture garde un large pouvoir d'appréciation : un dossier conforme peut être ajourné, et un dossier hors critères peut passer.

Une personne trie ses contrats de travail et ses fiches de paie sur une table de cuisine pour préparer son dossier de naturalisation
Contrats, fiches de paie, avis d'impôt : la préfecture regarde votre parcours sur cinq ans.

1. Ce que disent vraiment les textes

La loi ne cite aucun type de contrat. Le Code civil dit seulement que la naturalisation est « accordée par décret » (article 21-15) et l'administration dispose d'un large pouvoir d'appréciation : elle peut tenir compte de votre insertion professionnelle et du fait que vos ressources vous permettent de subvenir durablement à vos besoins en France. Les critères précis viennent des instructions données aux préfets.

Circulaire du ministre de l'Intérieur du 2 mai 2025, § 3.1

« L'insertion professionnelle s'apprécie sur une durée de cinq ans […] quel que soit son statut au regard du droit du travail (salarié, indépendant, profession libérale, entrepreneur...). » Pour les salariés, le préfet exige « un contrat à durée indéterminée de plus d'un an à la date d'examen de la demande ou une continuité de travail sous contrats à durée déterminée sur une période de vingt-quatre mois ». Ces critères ne s'appliquent pas « aux personnes handicapées ni aux personnes souffrant d'une maladie de longue durée ».

Même circulaire, § 3.2 : le niveau des revenus

Le niveau est fixé « par référence au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) actualisé chaque année et majoré en fonction de la composition de la cellule familiale ». Il est apprécié « hors prestations sociales » : sauf exception, les demandes dont les revenus viennent surtout d'aides sont écartées. En revanche, une insuffisance de ressources qui vient directement d'une maladie ou d'un handicap ne peut pas être opposée (Conseil d'État, 29 novembre 2019, n° 421050).

Pour le calcul de vos revenus par rapport au SMIC, voir notre article revenus et naturalisation et le calculateur gratuit. Vous êtes à votre compte ? Voir naturalisation et auto-entrepreneur. Les autres conditions (résidence, français B2, examen civique) sont sur la page conditions de la naturalisation.

2. L'intérim et le temps partiel

L'intérim n'est pas un CDD au sens strict : c'est un contrat de mission avec une agence. La circulaire de 2025 n'en parle pas. La précédente, celle du 16 octobre 2012, est plus claire : « la nature du contrat de travail (CDD, contrat d'intérim) ne doit pas constituer un obstacle en soi, dès lors que l'activité réalisée permet de disposer de ressources suffisantes et stables ». La circulaire de 2025 ne l'a pas abrogée, mais ses critères chiffrés sont ceux que les préfectures appliquent aujourd'hui.

Concrètement, un intérimaire doit montrer la même chose qu'un salarié en CDD : des missions qui se suivent sans longue coupure, et un revenu au niveau du SMIC. Les relevés annuels de l'agence et les avis d'impôt des dernières années sont les meilleures preuves. Sur les forums, les ajournements d'intérimaires concernent surtout des parcours avec des trous, ou mêlés à une période d'études.

Le temps partiel pose un autre problème : le contrat peut être un CDI, mais le salaire passe sous le SMIC. Des personnes en CDI à temps partiel racontent un ajournement de deux ans pour revenus insuffisants, confirmé après recours. Si le temps partiel est subi, dites-le dans une lettre et joignez les revenus du foyer : la cour d'appel de Nantes en tient compte (voir plus bas).

3. Le chômage et les trous entre deux contrats

Aucun texte ne dit qu'on ne peut pas déposer au chômage. Mais deux règles jouent contre vous : la condition des 24 mois de CDD exige une continuité, qu'une période sans travail interrompt, et les revenus sont regardés hors prestations sociales.

La circulaire de 2012 demandait de juger « l'ensemble de la carrière professionnelle, et non pas la situation précise du postulant au seul moment de la demande » et de ne pas écarter systématiquement les personnes ayant connu « une période de non emploi ». Elle ajoutait que « le recours récurrent aux systèmes d'assistance ou de longues ou fréquentes période d'inactivité » révèle un défaut d'intégration. Une coupure courte, expliquée et suivie d'une reprise de travail n'a donc pas le même poids qu'une longue période de chômage.

Si vous perdez votre emploi pendant l'instruction, prévenez la préfecture : notre article changement de situation pendant la naturalisation explique comment et à quel moment.

4. « Caractère incomplet de l'insertion professionnelle » : l'ajournement

C'est la formule qu'on lit dans les décisions quand le travail ne convainc pas encore l'administration. Le ministre peut alors rejeter la demande ou « en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions » (article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993). Pour ce motif, le délai est très souvent de deux ans.

L'ajournement n'est pas un refus définitif : à la fin du délai, vous déposez une nouvelle demande, avec la situation corrigée. Les autres motifs fréquents (français, assimilation, casier, impôts) sont détaillés dans notre article motifs d'ajournement de la naturalisation.

5. Ce que juge le tribunal

Ajournement annulé

Cour administrative d'appel de Nantes, 8 juillet 2025, n° 24NT01338

Une salariée, en France depuis 2009, travaillait depuis 2010 sans interruption (hors congé maternité et parental), en contrats successifs, puis à temps plein pour une commune en CDD renouvelé chaque année. Elle gagnait près de 1 600 € par mois, au-dessus du SMIC, et son conjoint près de 1 200 €. Le ministre l'avait ajournée à deux ans pour insertion professionnelle incomplète. La cour a annulé : même si le foyer touchait aussi des prestations sociales, elle justifiait « d'une insertion professionnelle depuis de nombreuses années et de ressources stables et suffisantes ».

Attention : cette décision portait sur un ajournement de 2021, avant la circulaire de 2025. Elle montre surtout ce qui convainc un juge : un long parcours sans trou et un salaire au-dessus du SMIC, quel que soit le type de contrat. Le juge regarde votre situation au jour de la décision attaquée : un CDI signé après ne sert pas à faire annuler l'ajournement.

6. Déposer maintenant, attendre ou contester ?

  1. 1

    Comptez à la date d'examen, pas de dépôt. L'instruction dure souvent plus d'un an : un CDI récent peut avoir dépassé un an quand votre dossier sera examiné. Voyez le délai de votre préfecture sur notre page délai de naturalisation.

  2. 2

    Préparez les preuves de continuité : tous les contrats, les fiches de paie, les attestations d'agence d'intérim, les avis d'impôt des cinq dernières années. Expliquez chaque coupure dans une courte lettre (formation, maladie, congé parental, déménagement).

  3. 3

    Déjà ajourné ? Vous avez deux mois pour un recours préalable obligatoire (RAPO) auprès du ministre, avant tout recours au tribunal administratif de Nantes. Le recours a des chances si votre situation au moment de la décision remplissait déjà les critères. Marche à suivre : ajournement : RAPO et recours, et notre modèle de RAPO gratuit.

  4. 4

    Sinon, préparez la prochaine demande : à la fin du délai d'ajournement, redéposez avec un CDI de plus d'un an ou deux ans de CDD continus, et un salaire au niveau du SMIC.

7. Questions fréquentes

Peut-on être naturalisé avec un CDD ?

Oui. Aucun texte n'interdit la naturalisation en CDD. Depuis la circulaire du ministre de l'Intérieur du 2 mai 2025, la préfecture demande pour un salarié soit un CDI de plus d'un an à la date d'examen de la demande, soit une continuité de travail en CDD sur vingt-quatre mois. Des CDD enchaînés sans interruption pendant deux ans, avec un salaire au niveau du SMIC, remplissent donc la condition.

L'intérim empêche-t-il la naturalisation ?

Non, pas en soi. La circulaire de 2025 ne mentionne pas l'intérim, et la circulaire du 16 octobre 2012 précise que la nature du contrat (CDD, intérim) ne doit pas être un obstacle en soi si l'activité donne des ressources suffisantes et stables. En pratique, la préfecture regarde la continuité des missions sur plusieurs années et le niveau des revenus : gardez les contrats de mission, les fiches de paie et les attestations de l'agence.

Que veut dire « caractère incomplet de l'insertion professionnelle » ?

C'est la formule utilisée dans les décisions d'ajournement quand l'administration estime que votre travail ne vous assure pas encore des ressources suffisantes et stables : contrat trop récent, trous entre les contrats, temps partiel, revenus sous le SMIC ou revenus surtout faits d'aides. L'ajournement n'est pas un refus définitif : il fixe un délai, souvent deux ans, après lequel vous pouvez déposer une nouvelle demande.

Faut-il attendre la fin de la période d'essai pour déposer ?

La circulaire regarde votre situation à la date d'examen de la demande, pas à la date de dépôt, et l'instruction prend souvent plus d'un an. Un CDI signé juste avant le dépôt peut donc avoir plus d'un an au moment de l'examen. Le risque est de perdre cet emploi pendant l'instruction : signalez alors tout changement de situation à la préfecture, et vérifiez si vos 24 mois de travail précédents suffisent.

Peut-on demander la naturalisation au chômage ?

On peut déposer, mais une période de chômage au moment de l'examen fait souvent ajourner la demande. La circulaire de 2025 apprécie l'insertion professionnelle sur cinq ans et les revenus hors prestations sociales. Une période courte, expliquée par une lettre (fin de contrat, formation, déménagement) et suivie d'une reprise d'emploi, pèse beaucoup moins qu'une longue période sans travail.

Un CDI signé après l'ajournement permet-il de le faire annuler ?

En général non. Le recours (RAPO, puis tribunal administratif de Nantes) juge la décision au regard de votre situation au jour où elle a été prise. Un CDI signé après sert surtout à la nouvelle demande, une fois le délai d'ajournement passé. Pour contester l'ajournement lui-même, il faut montrer que votre situation de l'époque était déjà suffisante.

Faut-il trois ans de travail, ou un CDD de plus de six mois ?

Ces chiffres circulent sur les forums mais ne figurent dans aucun texte. Le seul repère écrit est celui de la circulaire du 2 mai 2025 : insertion appréciée sur cinq ans, et pour les salariés un CDI de plus d'un an ou vingt-quatre mois de CDD continus, avec des revenus au niveau du SMIC hors prestations sociales.

Sources