CDI de moins d'un an, période d'essai, temps partiel : l'ajournement pour « insertion professionnelle insuffisante »
Publié le 29 octobre 2026 · 7 min de lecture · Par Myriam A. (pseudo)
La réponse simple
Avoir un CDI ne suffit pas. La préfecture veut un CDI de plus d'un an, ou deux ans de travail sans trou avant lui.
Le CDI est compté à l'examen
Pas au dépôt. L'instruction dure souvent plus d'un an : un CDI de 3 mois au dépôt peut en avoir 15 à l'examen.
Le parcours d'avant compte
CDD puis CDI chez le même employeur, missions enchaînées : la continuité sur 24 mois remplit la condition.
Si ça ne passe pas, c'est en général un ajournement d'un an, pas un refus. Et un ajournement qui ignore un parcours continu se conteste.
Votre situation, en un coup d'œil
CDI de plus d'un an à la date d'examen
ConformeC'est le cas écrit dans la circulaire du 2 mai 2025. Le contrat est compté au moment où la préfecture examine le dossier, pas au dépôt. Il faut aussi un salaire au niveau du SMIC, hors aides.
CDI récent, mais 24 mois de CDD avant chez le même employeur
ConformeLe CDI vient après deux ans de contrats sans trou : la « continuité de travail » de la circulaire est remplie. Montrez toute la chaîne : CDD, fiches de paie, puis CDI.
CDI de moins d'un an, premier emploi stable
RisqueSi avant ce CDI il y avait des études, du chômage ou des petits contrats avec des trous, la préfecture peut juger l'insertion « pas encore réalisée ». Ajournement d'un an typique.
CDI en période d'essai
RisqueLe CDI existe, mais il peut être rompu sans motif. Pour la préfecture, c'est un CDI de quelques semaines. Ce qui compte, c'est votre parcours des cinq dernières années.
CDI à temps partiel sous le SMIC
RisqueLe contrat passe, le revenu ne passe pas : la circulaire fixe le niveau « par référence au SMIC », majoré selon la famille. Les revenus du foyer peuvent aider.
CDI perdu pendant l'instruction
Risque élevéLa situation est jugée à la date d'examen. Signalez le changement à la préfecture et retrouvez un emploi avant l'entretien si possible : un trou long casse la continuité.
Ces repères viennent des textes cités plus bas. La préfecture garde un large pouvoir d'appréciation. Vous êtes en CDD, en intérim ou au chômage ? C'est l'objet de notre page naturalisation en CDD, intérim ou chômage.
1. Ce que disent les textes : un CDI, oui, mais de plus d'un an
Le code civil ne parle pas de contrat de travail. Il demande que vous ayez « en France [votre] résidence » au moment de la signature du décret (article 21-16), et le juge comprend ce mot comme le lieu où sont vos intérêts matériels et votre famille. Un emploi stable en France est la première preuve de cette résidence. Les critères précis, eux, sont dans une circulaire adressée aux préfets.
Circulaire du ministre de l'Intérieur du 2 mai 2025, § 3.1
« L'insertion professionnelle s'apprécie sur une durée de cinq ans ». Pour les salariés, le préfet exige « un contrat à durée indéterminée de plus d'un an à la date d'examen de la demande ou une continuité de travail sous contrats à durée déterminée sur une période de vingt-quatre mois ». Ces critères ne s'appliquent pas « aux personnes handicapées ni aux personnes souffrant d'une maladie de longue durée ».
Même circulaire, § 3.2 : les revenus
Le niveau attendu est fixé « par référence au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) actualisé chaque année et majoré en fonction de la composition de la cellule familiale », apprécié « hors prestations sociales ». Un CDI à temps partiel qui ne l'atteint pas ne remplit donc pas la condition, même s'il a plus d'un an.
Retenez les trois mots qui vous concernent : « plus d'un an », « à la date d'examen », et « cinq ans ». Le premier explique l'ajournement, les deux autres expliquent comment l'éviter. Pour vérifier votre niveau de revenus, utilisez notre simulateur de revenus et l'article revenus et naturalisation.
2. Pourquoi un CDI récent fait ajourner
Pour la préfecture, un CDI signé il y a quatre mois n'est pas encore une preuve de stabilité : il peut être rompu pendant la période d'essai, et il ne dit rien de ce que vous faisiez avant. La circulaire regarde cinq ans. Si ces cinq années montrent des études, des petits boulots coupés de périodes sans emploi, puis ce CDI, l'administration conclut que l'insertion « n'est pas pleinement réalisée » et vous demande d'attendre. C'est le cas typique de l'ajournement d'un an.
À l'inverse, si vos cinq années montrent un travail continu, le CDI récent n'est qu'une étape de plus. Sur les forums, les personnes ajournées avec un CDI récent ont presque toujours un point commun : une coupure dans les deux ans qui précèdent (chômage, fin d'études, retour au pays), pas le CDI lui-même.
Le temps partiel est un cas à part : le contrat passe, c'est le revenu qui bloque. Et la période d'essai n'est pas un motif en soi, mais elle fait du CDI un contrat de quelques semaines au moment où l'agent lit le dossier.
3. Prouver la stabilité : CDD puis CDI, fiches de paie, ancienneté
Votre objectif est simple : montrer que le CDI est la suite logique d'un parcours continu, pas un coup de chance récent.
CDD puis CDI chez le même employeur
C'est le meilleur dossier. Joignez tous les CDD, le CDI, et une attestation d'employeur qui donne votre date d'entrée dans l'entreprise et votre ancienneté : elle montre que le lien dure depuis des années, même si le CDI est jeune.
Changement d'employeur
Montrez qu'il n'y a pas eu de trou : dernier bulletin de l'ancien poste, premier bulletin du nouveau, dates qui se suivent. Un changement pour un meilleur poste est un signe d'insertion, pas d'instabilité.
Fiches de paie sur 24 mois au moins
Classées par mois, sans manque. Si un mois manque, expliquez-le dans une courte lettre (congé parental, maladie, formation) et joignez le justificatif.
Avis d'impôt des trois dernières années
Ils prouvent les revenus sur la durée. Si vous êtes en couple, les revenus du foyer comptent pour le niveau du SMIC majoré.
Si votre CDI arrive pendant l'instruction, envoyez-le à la préfecture sans attendre l'entretien : changement de situation pendant la naturalisation. Et apportez-le à l'entretien d'assimilation : l'agent écrit votre situation ce jour-là.
4. Quand déposer
- 1
Vous avez 24 mois de travail continu avant le CDI : déposez maintenant. Le CDI récent ne vous gêne pas, votre parcours remplit déjà la condition.
- 2
Le CDI est votre premier emploi stable : regardez le délai de votre préfecture sur notre page délai de naturalisation. Si l'instruction y dure plus d'un an, votre CDI aura dépassé un an à l'examen et vous pouvez déposer dès la fin de la période d'essai. Si elle est rapide, attendre quelques mois coûte moins cher qu'un ajournement d'un an.
- 3
Temps partiel sous le SMIC : vérifiez d'abord le niveau attendu avec le simulateur de revenus. Si les revenus du foyer y arrivent, déposez avec les justificatifs du conjoint ; sinon, un passage à temps plein avant le dépôt change tout.
5. L'ajournement d'un an : ce que ça change
L'article 48 du décret n° 93-1362 permet au ministre de rejeter la demande ou d'« en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions ». Pour un CDI récent, le délai est souvent d'un an, parfois assorti d'une condition : justifier d'un emploi stable à la fin du délai. Ce n'est pas un refus : votre dossier n'est pas marqué, et à la fin du délai vous déposez une nouvelle demande, avec un CDI qui a maintenant plus d'un an.
Deux conséquences pratiques : gardez votre emploi (ou enchaînez sans trou) pendant le délai, et préparez la nouvelle demande dès maintenant. Les démarches sont dans nouvelle demande après un ajournement. Les autres motifs sont dans motifs d'ajournement de la naturalisation.
6. Le recours quand l'ajournement ignore un parcours continu
Un ajournement se conteste dans les deux mois par un recours préalable obligatoire (RAPO) auprès du ministre, puis devant le tribunal administratif de Nantes. Le juge ne refait pas le dossier : il vérifie que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, au vu de votre situation au jour de la décision. Le recours a du sens quand la décision ne regarde que la date du CDI et oublie les années de travail qui le précèdent.
Ajournement annulé
Cour administrative d'appel de Nantes, 10 mars 2026, n° 25NT01345
Un demandeur travaillait à son compte depuis 2017, avec un revenu au-dessus du SMIC net après cotisations, et touchait la prime d'activité. Le ministre l'avait ajourné à deux ans pour insertion professionnelle « pas pleinement réalisée », faute de ressources suffisantes et stables. La cour a annulé pour erreur manifeste d'appréciation : il « justifie d'une insertion professionnelle depuis 2017 et de ressources stables et suffisantes ». Le ministre doit réexaminer la demande.
La leçon vaut pour un salarié en CDI récent : ce qui convainc le juge, c'est la durée du parcours et la régularité des revenus, pas la forme du dernier contrat. Un CDI signé après la décision ne sert pas au recours ; il sert à la nouvelle demande.
Marche à suivre : ajournement : RAPO et recours, modèle de RAPO gratuit, et le modèle M1 « insertion professionnelle : CDI récent ou changement d'emploi » du kit recours.
7. Questions fréquentes
Faut-il un CDI pour être naturalisé ?
Non. Aucune loi n'exige un CDI. La circulaire du ministre de l'Intérieur du 2 mai 2025 demande aux préfets, pour les salariés, soit un contrat à durée indéterminée de plus d'un an à la date d'examen de la demande, soit une continuité de travail en CDD sur vingt-quatre mois. Et l'insertion professionnelle est appréciée sur cinq ans, quel que soit votre statut. Un CDI n'est donc ni obligatoire, ni suffisant s'il est très récent.
Mon CDI a moins d'un an : vais-je être ajourné ?
Pas forcément. La circulaire compte le CDI à la date d'examen, souvent plus d'un an après le dépôt. Et si vous avez travaillé sans interruption pendant les deux années qui précèdent, en CDD ou en intérim, c'est ce parcours continu qui remplit la condition. Le risque existe surtout quand le CDI est le premier emploi stable après une période d'études, de chômage ou de contrats avec des trous.
Peut-on déposer pendant la période d'essai ?
Oui, rien ne l'interdit. Mais la préfecture n'est pas tenue d'attendre : si elle examine votre dossier alors que le CDI a quelques mois et que votre parcours antérieur est fragile, elle peut ajourner. Si la période d'essai est rompue, prévenez la préfecture. Si vous le pouvez, attendez la fin de l'essai : votre dossier sera plus solide et vous ne perdrez que quelques mois.
Que veut dire « insertion professionnelle insuffisante » ou « pas pleinement réalisée » ?
C'est la formule des décisions d'ajournement quand l'administration estime que votre situation de travail ne vous assure pas encore des ressources stables et suffisantes : contrat trop récent, temps partiel, revenus sous le SMIC, parcours avec des coupures. Elle vient de l'article 21-15 du code civil, qui permet de tenir compte de l'insertion professionnelle, et de la circulaire du 2 mai 2025, qui fixe les repères chiffrés.
Ajournement d'un an ou de deux ans ?
Le décret n° 93-1362 (article 48) permet au ministre d'ajourner « en imposant un délai ou des conditions », sans fixer de durée. Pour un CDI récent, le délai est souvent d'un an : le temps que le contrat dépasse un an. Deux ans se voient plutôt quand les revenus sont insuffisants ou que le parcours est coupé. Dans les deux cas, ce n'est pas un refus : vous redéposez à la fin du délai.
Comment prouver que mon emploi est stable ?
Par la durée et la continuité, pas par le type de contrat seul : tous vos contrats des cinq dernières années (CDD, missions, CDI), les fiches de paie sans trou, une attestation d'employeur qui date votre entrée dans l'entreprise (surtout si vous avez été en CDD puis en CDI au même endroit), les avis d'impôt. Si votre temps partiel est subi ou si votre conjoint travaille, joignez les revenus du foyer.
L'ajournement ignore mon parcours continu : peut-on le contester ?
Oui. Vous avez deux mois pour un recours préalable obligatoire (RAPO) auprès du ministre, puis le tribunal administratif de Nantes. Le juge contrôle l'erreur manifeste d'appréciation : il regarde votre situation au jour de la décision, pas après. La cour administrative d'appel de Nantes a annulé, le 10 mars 2026, un ajournement de deux ans d'une personne qui travaillait depuis 2017 avec des ressources stables et suffisantes, même si elle touchait la prime d'activité. Le modèle M1 du kit recours est écrit pour ce cas.
Sources
- Circulaire du ministre de l'Intérieur du 2 mai 2025, « Orientations relatives à l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique », NOR INTK2513256J, § 3.1 et 3.2.
- Code civil, articles 21-15 et 21-16 ; décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, article 48.
- Cour administrative d'appel de Nantes, 5e chambre, 10 mars 2026, n° 25NT01345 (Légifrance).
- Cour administrative d'appel de Nantes, 5e chambre, 8 juillet 2025, n° 24NT01338 (CDD renouvelés, ajournement annulé), commentée dans notre page CDD, intérim, chômage.
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