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Recours · étape finale

Recours au tribunal administratif de Nantes contre un refus ou un ajournement de naturalisation

Publié le 29 octobre 2026 · 9 min de lecture · Par Myriam A. (pseudo)

La réponse simple

Un seul tribunal en France juge les refus de naturalisation : le tribunal administratif de Nantes. On le saisit après le RAPO, dans les 2 mois, sans avocat si on veut.

Après le RAPO seulement

Le recours au ministre est obligatoire avant le tribunal.

2 mois pour déposer

À partir de la réponse du ministre, ou de son silence de 4 mois.

En ligne, de chez vous

Télérecours citoyens. Pas besoin d'aller à Nantes.

Le tribunal ne vous naturalise pas. Il vérifie que la décision du ministre est régulière et sans erreur manifeste. S'il l'annule, le ministre doit réexaminer votre dossier.

Le parcours du recours, en un coup d'œil

1. La décision du préfet ou du ministre

Départ

Refus, ajournement ou irrecevabilité. La décision est motivée (article 49 du décret n° 93-1362). Elle indique le délai et la voie de recours : le RAPO.

2. Le RAPO au ministre, dans les 2 mois

Obligatoire

Sans ce recours préalable, le tribunal rejette votre requête sans l'examiner (article 45 du décret). Dossier déposé sur l'ANEF : le RAPO se dépose aussi sur l'ANEF.

3. La réponse du ministre, ou son silence

4 mois

Le ministre répond par écrit, ou garde le silence. Après plus de 4 mois sans réponse, le RAPO est rejeté sans décision écrite : c'est le rejet implicite.

4. Le tribunal administratif de Nantes, dans les 2 mois

Cette page

Seul tribunal compétent en France pour ces décisions (article R. 312-18 du code de justice administrative). Requête possible sans avocat, en ligne sur Télérecours citoyens.

5. L'appel devant la cour administrative d'appel de Nantes

Avocat

Deux mois après le jugement (article R. 811-2). En appel, l'avocat devient obligatoire (article R. 811-7).

Les étapes 1 à 3 sont détaillées dans notre guide ajournement : RAPO et recours. Cette page traite des étapes 4 et 5.

Un homme monte les marches d'un bâtiment public avec son dossier sous le bras : le recours devant le tribunal administratif
Le tribunal administratif de Nantes juge tous les recours contre les décisions de naturalisation, après le RAPO.

1. Pourquoi Nantes : la compétence exclusive

En temps normal, on saisit le tribunal administratif de l'endroit où l'administration a pris sa décision. Pour la naturalisation, le code de justice administrative fait une exception : le tribunal administratif de Nantes est compétent pour tous les recours contre les décisions du ministre chargé des naturalisations prises sur un recours préalable. Ce choix tient à l'histoire : le service des naturalisations du ministère (la SDANF) est installé à Rezé, à côté de Nantes.

Code de justice administrative, article R. 312-18, second alinéa

Par dérogation à la règle générale de l'article R. 312-1, le tribunal administratif de Nantes « est compétent pour connaître des recours dirigés contre les décisions du ministre chargé des naturalisations » prises sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Deux conséquences pratiques. D'abord, la décision attaquée est celle du ministre, pas celle du préfet : quand le ministre répond au RAPO, sa décision se substitue à celle du préfet, et le tribunal n'examine plus que la sienne (cour administrative d'appel de Nantes, 27 janvier 2026, n° 24NT03681, point 2). Ensuite, si vous déposez par erreur dans un autre tribunal, celui-ci transmet le dossier à Nantes, mais vous perdez du temps : visez Nantes dès le départ.

Le RAPO lui-même n'est pas un recours au tribunal. C'est une lettre au ministre, à déposer sur l'ANEF si votre demande y a été faite. Tout est expliqué dans notre guide ajournement : faire un RAPO, puis un recours, avec un modèle de RAPO gratuit.

2. Le délai de 2 mois et son point de départ

La règle de base est à l'article R. 421-1 du code de justice administrative : le tribunal ne peut être saisi que dans les deux mois qui suivent la notification de la décision. Pour la naturalisation, la décision à compter est celle du ministre sur votre RAPO, pas la décision initiale du préfet.

Le ministre a répondu

Le délai part de la notification de sa réponse. Sur l'ANEF, la décision est réputée notifiée à sa première consultation, ou au bout de quinze jours sans consultation. Gardez la date affichée dans votre espace.

Le ministre n'a pas répondu

Après plus de quatre mois de silence, le RAPO est rejeté implicitement (article 45 du décret). Le délai de deux mois part de ce rejet (article R. 421-2). Détails et pièges : rejet implicite après un RAPO.

Deux compléments utiles. Le délai n'est opposable que si la notification mentionnait les voies et délais de recours (article R. 421-5) ; une décision écrite du ministre les indique toujours. Et si vous habitez à l'étranger, le délai est prolongé de deux mois (article R. 421-7).

Attention à ne pas confondre avec le délai d'instruction de 18 mois de votre demande initiale : ce délai-là concerne la préfecture, pas le tribunal. Voir délai de 18 mois dépassé.

3. Déposer la requête : Télérecours, avocat, aide juridictionnelle

  1. 1

    Sans avocat, c'est possible. L'article R. 431-2 du code de justice administrative n'impose l'avocat que pour les demandes d'argent et les litiges de contrat. Un recours contre un refus ou un ajournement de naturalisation n'en fait pas partie. Vous signez vous-même la requête.

  2. 2

    En ligne sur Télérecours citoyens, avec FranceConnect. Vous y déposez la requête en PDF et les pièces. Vous y recevez ensuite le mémoire du ministre et le jugement. Le dépôt postal au tribunal (6 allée de l'Île-Gloriette, Nantes) reste possible, mais le site est plus sûr pour la preuve de date.

  3. 3

    La requête contient : vos nom et adresse, la décision attaquée (jointe), les faits, les arguments de droit (les « moyens ») et ce que vous demandez (l'annulation). Joignez la décision du préfet, votre RAPO avec son accusé de dépôt, la réponse du ministre ou la preuve du silence, et les pièces qui prouvent votre situation à la date de la décision.

  4. 4

    Revenus faibles : l'aide juridictionnelle. Elle prend en charge tout ou partie des frais d'avocat. La demande se fait auprès du bureau d'aide juridictionnelle, le plus tôt possible après la décision du ministre. Le site du tribunal a une page demander une aide juridictionnelle.

Un avocat reste utile quand le motif est juridique (assimilation, comportement, faits de police) ou quand le ministre a répondu par une décision longue. Pour un motif de fait simple (revenus mal calculés, contrat oublié), beaucoup de requérants se défendent seuls.

4. Ce que le juge contrôle vraiment

C'est le point que beaucoup découvrent trop tard. La naturalisation est « accordée par décret » (article 21-15 du Code civil) : c'est une faveur, pas un droit. Le ministre a donc, selon la formule de la cour administrative d'appel de Nantes, un « large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder » la nationalité. Le juge ne remplace pas son jugement par le sien.

Ce que le tribunal vérifie

  • La décision est motivée (article 49 du décret).
  • Les faits retenus sont exacts (un contrat, un revenu, une date).
  • Le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation : une décision clairement disproportionnée au vu de votre situation.
  • Le ministre s'est fondé sur des éléments qu'il pouvait prendre en compte.

Ce qu'il ne fait pas

  • Il ne vous naturalise pas.
  • Il ne juge pas votre situation d'aujourd'hui, mais celle à la date de la décision.
  • Il ne remplace pas une appréciation « sévère » par une appréciation plus douce : il faut une erreur manifeste.
  • Il ne regarde pas les arguments sans lien avec le motif retenu (l'attachement à la France ne compense pas des revenus jugés insuffisants : n° 24NT03681).

Annulation confirmée

Cour administrative d'appel de Nantes, 18 juin 2024, n° 23NT03798

Un ajournement de deux ans fondé sur des faits de violence de 2012. Le tribunal administratif de Nantes l'avait annulé ; la cour confirme : faits graves mais anciens et isolés, aucune infraction depuis, insertion professionnelle réelle. Le ministre avait commis une erreur manifeste d'appréciation.

Refus confirmé

Cour administrative d'appel de Nantes, 27 janvier 2026, n° 24NT03681

Une demande de réintégration refusée pour autonomie financière insuffisante (pension d'environ 377 € par mois, foyer à environ 1 200 €). Le tribunal puis la cour jugent que le ministre a pu, « sans erreur manifeste d'appréciation », refuser. L'attachement du requérant à la France est jugé sans incidence sur ce motif.

La leçon : un recours gagne quand on montre une erreur de fait ou une disproportion nette, pièces à l'appui, à la date de la décision. Il perd quand on demande au juge d'être « plus compréhensif » que le ministre. Les motifs par motif sont dans notre article motifs d'ajournement de la naturalisation.

5. Après le jugement : réexamen, appel à la CAA de Nantes

Si le tribunal annule la décision, le ministre doit réexaminer votre demande en tenant compte du jugement. Il peut vous naturaliser, ou reprendre une décision sur un autre motif régulier. Vous pouvez demander au tribunal d'enjoindre ce réexamen dans un délai donné.

Si le tribunal rejette votre requête, vous pouvez faire appel devant la cour administrative d'appel de Nantes, dans les deux mois de la notification du jugement (article R. 811-2 du code de justice administrative). En appel, l'avocat est obligatoire (article R. 811-7). Le ministre peut lui aussi faire appel d'une annulation, comme dans l'affaire n° 23NT03798.

Pendant tout ce temps, la vie continue : rien ne vous interdit de redéposer une demande une fois le délai d'ajournement passé, avec une situation corrigée. C'est souvent le chemin le plus court. Voir nouvelle demande après un ajournement ou un refus.

6. Les erreurs qui font rejeter une requête

  • Pas de RAPO avant. Requête irrecevable, sans examen du fond (article 45 du décret).

  • Délai dépassé. Deux mois après la réponse du ministre ou après le rejet implicite. Le juge le vérifie d'office.

  • Attaquer la décision du préfet alors que le ministre a répondu : ses conclusions sont irrecevables, la décision du ministre s'est substituée (n° 24NT03681).

  • Des pièces postérieures à la décision. Un CDI signé après l'ajournement ne prouve rien sur la situation jugée. Il sert à la nouvelle demande.

  • Une requête sans argument de droit. Raconter sa vie ne suffit pas : il faut nommer l'erreur (fait inexact, motivation absente, erreur manifeste) et la prouver.

7. Questions fréquentes

Pourquoi le tribunal de Nantes, et pas celui de ma ville ?

Parce que le code de justice administrative le dit. L'article R. 312-18 donne au tribunal administratif de Nantes la compétence pour les recours contre les décisions du ministre chargé des naturalisations prises après un recours administratif préalable (article 45 du décret n° 93-1362). Vous habitez Marseille, Lille ou la Réunion : votre requête va quand même à Nantes. Vous n'avez pas besoin de vous y déplacer, la procédure est écrite et se fait en ligne.

Peut-on saisir le tribunal sans avoir fait de RAPO ?

Non. L'article 45 du décret n° 93-1362 fait du recours au ministre un préalable obligatoire : sans RAPO, la requête au tribunal est irrecevable. Une seule exception depuis le 18 juillet 2025 : la décision de classement sans suite, qui peut être attaquée directement devant le tribunal. Pour un refus, un ajournement ou une irrecevabilité, le RAPO reste la première étape, dans les deux mois de la notification.

Quel est le délai pour saisir le tribunal administratif de Nantes ?

Deux mois à compter de la notification de la décision du ministre sur votre RAPO (article R. 421-1 du code de justice administrative). Si le ministre n'a pas répondu, le délai de deux mois court à partir du rejet implicite, c'est-à-dire plus de quatre mois après le dépôt du RAPO (article R. 421-2). Vous habitez à l'étranger : le délai est prolongé de deux mois (article R. 421-7).

Faut-il un avocat devant le tribunal administratif de Nantes ?

Non, pas en première instance. L'article R. 431-2 du code de justice administrative n'impose l'avocat que pour les demandes d'argent ou les litiges de contrat. Un recours contre un refus de naturalisation n'en fait pas partie : vous pouvez déposer vous-même votre requête sur Télérecours citoyens. L'avocat devient obligatoire en appel devant la cour administrative d'appel (article R. 811-7). Si vos revenus sont faibles, vous pouvez demander l'aide juridictionnelle.

Que vérifie le tribunal exactement ?

Le tribunal ne refait pas votre dossier et ne vous naturalise pas. Il vérifie que la décision du ministre est régulière (motivation, procédure, faits exacts) et qu'elle ne contient pas d'erreur manifeste d'appréciation. La cour administrative d'appel de Nantes rappelle que le ministre a un « large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder » la naturalisation (27 janvier 2026, n° 24NT03681). Le juge n'annule donc que les décisions clairement disproportionnées au vu de votre situation à la date de la décision.

Que se passe-t-il si le tribunal annule la décision ?

Le ministre doit réexaminer votre demande. L'annulation ne vaut pas naturalisation : le décret reste à sa main. Mais il doit tenir compte du jugement. Dans l'affaire jugée par la cour administrative d'appel de Nantes le 18 juin 2024 (n° 23NT03798), le tribunal avait annulé un ajournement de deux ans pour erreur manifeste d'appréciation, et la cour a confirmé.

Combien de temps dure le recours devant le tribunal ?

Il n'existe pas de délai officiel publié pour le contentieux des naturalisations à Nantes. Le tribunal indique seulement avoir enregistré un peu plus de 23 000 affaires en 2025, dont plus de 12 000 recours contre des refus de visa ou de naturalisation. La procédure est écrite : le ministre dépose un mémoire en défense, vous pouvez répliquer, puis l'affaire est jugée. Comptez en mois, pas en semaines, et préparez la suite de votre parcours en parallèle.

Sources