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Ajournement · motif par motif

Enquête administrative de naturalisation : qui enquête, sur quoi, combien de temps

Publié le 29 octobre 2026 · 7 min de lecture · Par Myriam A. (pseudo)

La réponse simple

Chaque demande de naturalisation passe par une enquête. Elle est faite par la police ou la gendarmerie, à la demande de la préfecture.

Qui ?

La préfecture la demande, la police ou la gendarmerie la fait, la SDANF la contrôle.

Sur quoi ?

Votre conduite et votre loyauté : casier B2, fichier TAJ, résidence réelle en France.

Combien de temps ?

Aucun texte ne fixe de durée. Elle commence après le récépissé de dossier complet.

Dans la grande majorité des cas, vous ne verrez rien : pas de visite, pas d'appel. Vous ne saurez qu'elle a eu lieu que si la décision parle de votre comportement.

Qui fait quoi, en un coup d'œil

La préfecture

Lance l'enquête

Dès qu'elle vous a envoyé le récépissé de dossier complet, la préfecture demande l'enquête (article 36 du décret n° 93-1362). C'est aussi elle qui vous convoque à l'entretien d'assimilation (article 41).

La police ou la gendarmerie

Mène l'enquête

L'article 36 confie l'enquête « aux services de police ou de gendarmerie territorialement compétents ». Elle porte sur votre « conduite » et votre « loyauté ». Elle peut être complétée par une consultation d'organismes consulaires et sociaux.

Les fichiers

Casier B2 et TAJ

L'administration obtient le bulletin n° 2 de votre casier judiciaire et consulte le fichier de police TAJ. Le casier ne contient que les condamnations ; le TAJ garde aussi des mises en cause sans condamnation.

La SDANF (ministère)

Contrôle et décide

La sous-direction de l'accès à la nationalité française, à Rezé près de Nantes, reçoit le dossier avec le résultat de l'enquête. L'article 48 lui permet « tout complément d'enquête qu'il juge utile » avant d'accorder, de rejeter ou d'ajourner.

Ces repères viennent des textes cités plus bas. Ce que les services font concrètement n'est écrit nulle part : on se garde de l'inventer.

Un couloir vide de bâtiment administratif avec une rangée de chaises : l'attente pendant l'enquête
Pendant l'enquête, rien ne bouge sur l'espace ANEF : la préfecture consulte les fichiers et les services.

1. Ce que dit l'article 36 du décret

L'enquête n'est pas une option de la préfecture. Elle est écrite dans le décret qui organise toute la procédure de naturalisation, le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Décret n° 93-1362, article 36 (version en vigueur depuis le 6 février 2023)

« Toute demande de naturalisation ou de réintégration fait l'objet d'une enquête. » Dès que le récépissé de dossier complet est délivré, l'autorité qui a reçu la demande fait réaliser cette enquête. Elle porte sur la « conduite » et la « loyauté » du demandeur, elle est « diligentée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents » et peut être complétée par une consultation d'organismes consulaires et sociaux. À l'étranger, ce sont les autorités diplomatiques ou consulaires qui font les vérifications et les entretiens.

Trois mots comptent dans ce texte. « Toute » : personne n'y échappe, ce n'est pas un signe que votre dossier pose problème. « Conduite » et « loyauté » : l'enquête sert à vérifier la condition de « bonnes vie et moeurs » posée par l'article 21-23 du code civil, et votre attachement à la France. « Récépissé » : l'enquête démarre une fois le dossier déclaré complet, donc après le premier tri des pièces.

L'enquête vérifie aussi un point simple : que vous vivez vraiment en France. L'article 21-16 du code civil exige que le demandeur ait « en France sa résidence au moment de la signature du décret ». Le juge administratif lit ce mot « résidence » comme le lieu où se trouvent le centre de vos intérêts matériels et vos attaches familiales. Une famille restée au pays ou de longs séjours à l'étranger font partie de ce que l'enquête regarde.

2. Les fichiers consultés : casier B2 et TAJ

Deux fichiers sont au cœur de l'enquête, et ils ne disent pas la même chose.

Le bulletin n° 2 du casier judiciaire

Il liste vos condamnations. Réservé aux administrations, vous ne pouvez pas l'obtenir vous-même (le bulletin n° 3 que vous pouvez demander est plus court). Détail dans notre article casier judiciaire B2 et naturalisation.

Le fichier de police TAJ

Il garde aussi les mises en cause sans condamnation : plainte classée, garde à vue sans suite, relaxe. Un casier vierge n'empêche pas une mention au TAJ. Comment le vérifier et le faire effacer : effacer son fichier TAJ.

C'est là que viennent la plupart des mauvaises surprises : une vieille affaire sans suite, oubliée, mais toujours inscrite au TAJ. L'administration peut la lire comme un antécédent. Si vous avez déjà eu affaire à la police ou à la justice, même sans condamnation, vérifiez le TAJ avant de déposer.

3. Préfecture, SDANF, renseignement : ne pas tout mélanger

Les gens disent « enquête SDANF », « enquête de moralité », « enquête des RG » pour la même chose. Voici ce que les textes permettent d'écrire, et rien de plus.

  1. 1

    L'enquête de la préfecture (article 36). C'est l'enquête obligatoire, menée par la police ou la gendarmerie du lieu où vous vivez. Elle est demandée par la préfecture et son résultat est versé au dossier. En parallèle, un agent vous reçoit en entretien d'assimilation (article 41).

  2. 2

    Le contrôle de la SDANF (article 48). Quand la préfecture propose d'accorder la naturalisation, le dossier part à la sous-direction de l'accès à la nationalité française, au ministère de l'Intérieur. Le texte dit : « Dès réception du dossier, le ministre chargé des naturalisations procède à tout complément d'enquête qu'il juge utile ». La SDANF ne refait donc pas l'enquête de police : elle relit le dossier et peut demander un complément. C'est elle qui signe les propositions au décret, les rejets et les ajournements. Qui est qui : CAA, CAE, SDANF, SCEC.

  3. 3

    L'avis des services de renseignement. Le décret n'en parle pas. Le mot « loyauté » de l'article 36 et la circulaire du 2 mai 2025, qui demande une attention particulière à l'adhésion aux valeurs de la République, expliquent que des vérifications puissent dépasser le casier et le TAJ. Mais aucun texte public ne décrit quel service est consulté, ni comment. Nous ne pouvons pas vous dire plus, et méfiez-vous de ceux qui affirment le contraire.

Depuis le 18 juillet 2025, un nouvel article 44-1 permet au préfet de prononcer tout de suite un rejet, une irrecevabilité ou un ajournement si « les éléments recueillis lors de l'enquête » montrent qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation, sans attendre l'entretien. L'enquête pèse donc plus tôt dans la procédure qu'avant.

4. Ce que montre votre espace ANEF pendant l'enquête

Votre espace ANEF n'affiche jamais « enquête en cours ». Le site montre des libellés vagues ; les statuts précis sont dans le code de la page, et c'est ce que lit notre extension Décodeur ANEF. Deux statuts correspondent aux vérifications :

Entre les deux, le statut contrôle SDANF marque la relecture du ministère. Tous les statuts sont expliqués dans notre article statuts ANEF décodés. Et si vous vous demandez ce que l'on peut voir de vous en ligne : réseaux sociaux et naturalisation.

5. Quand l'enquête révèle quelque chose : l'ajournement « pour comportement »

Si l'enquête ou les fichiers font apparaître un fait, la décision peut prendre trois formes. Une condamnation parmi celles listées à l'article 21-27 du code civil rend la naturalisation impossible : c'est une irrecevabilité. Un fait plus léger, ou sans condamnation (classement sans suite, mise en cause au TAJ, rappel à la loi), donne le plus souvent un ajournement : le ministre « en prononce l'ajournement en imposant un délai ou des conditions » (article 48). Le délai sert à montrer que le comportement reproché est derrière vous.

La décision doit dire sur quoi elle se fonde. Si elle parle de faits « révélés par l'enquête » sans les nommer, ou de faits anciens, classés ou pour lesquels vous avez été relaxé, c'est précisément là que le recours a une chance : un fait sans condamnation ne prouve pas à lui seul un défaut de « bonnes vie et moeurs », et l'administration doit tenir compte de son ancienneté et de votre conduite depuis.

Les autres motifs (insertion professionnelle, français, impôts) sont détaillés dans motifs d'ajournement de la naturalisation.

6. Avant de déposer, pendant, après

  1. 1

    Avant de déposer : vérifiez le TAJ si vous avez déjà eu affaire à la police, même pour une affaire classée. Une demande d'effacement prend du temps : mieux vaut la faire avant que pendant l'instruction.

  2. 2

    Soyez cohérent. L'enquête, l'entretien et votre dossier doivent raconter la même histoire : adresse, emploi, situation de famille, séjours à l'étranger. Un changement pendant l'instruction se signale à la préfecture : changement de situation pendant la naturalisation.

  3. 3

    Si la police vous contacte, répondez simplement, sans inventer ni minimiser. Vous pouvez demander l'objet de la convocation. Ne déposez jamais un document que vous n'avez pas dans votre dossier ANEF sans le signaler aussi à la préfecture.

  4. 4

    Ajourné pour comportement ? Deux mois pour un recours préalable obligatoire (RAPO) auprès du ministre, puis le tribunal administratif de Nantes. Marche à suivre : ajournement : RAPO et recours, modèle de RAPO gratuit, et le modèle M5 « faits sans condamnation » du kit recours.

7. Questions fréquentes

Qui mène l'enquête administrative de naturalisation ?

La police ou la gendarmerie de votre lieu de résidence. L'article 36 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 dit que toute demande de naturalisation « fait l'objet d'une enquête », demandée par la préfecture dès la délivrance du récépissé de dossier complet, et « diligentée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents ». Si vous vivez à l'étranger, ce sont les autorités diplomatiques ou consulaires qui font les vérifications et les entretiens.

Sur quoi porte l'enquête ?

Le texte parle de votre « conduite » et de votre « loyauté ». En pratique, l'administration obtient le bulletin n° 2 de votre casier judiciaire et consulte le fichier de police TAJ, pour vérifier la condition de « bonnes vie et moeurs » de l'article 21-23 du code civil. L'enquête peut être complétée par une consultation d'organismes consulaires et sociaux. Elle sert aussi à confirmer que vous résidez bien en France, comme l'exige l'article 21-16.

Est-ce que la police vient chez moi ?

Les textes ne le prévoient pas et ne l'interdisent pas. Le décret dit seulement que l'enquête est menée par la police ou la gendarmerie. Sur les forums, la plupart des personnes ne sont jamais contactées ; certaines racontent un appel ou une convocation au commissariat pour quelques questions sur leur situation. Si cela vous arrive, répondez simplement et honnêtement : les réponses sont comparées au dossier.

Combien de temps dure l'enquête administrative ?

Aucun texte ne fixe sa durée. Elle commence après le récépissé de dossier complet et doit être terminée quand la préfecture rend sa décision ou transmet le dossier au ministère. Elle se déroule en parallèle de l'entretien d'assimilation. Pour une idée du délai total dans votre département, regardez notre page délai de naturalisation : elle compte aussi ce temps d'enquête.

Que montre l'espace ANEF pendant l'enquête ?

Votre espace ANEF n'affiche pas de statut « enquête en cours ». Le passage aux enquêtes correspond au statut interne « instruction, date d'entretien à fixer » : le dossier est complet, les vérifications obligatoires sont lancées, l'entretien va être fixé. Plus tard, le statut « à vérifier avant insertion au décret » signale des contrôles finaux, qui ne concernent pas tous les dossiers. Notre extension Décodeur ANEF traduit ces statuts directement dans votre espace.

L'enquête regarde-t-elle mes réseaux sociaux ?

Aucun texte ne prévoit un contrôle systématique des réseaux sociaux. Mais l'enquête porte sur votre conduite et votre loyauté, et ce qui est public en ligne peut être vu par n'importe qui, agents compris. Notre article sur les réseaux sociaux et la naturalisation explique quoi vérifier sur vos profils avant et pendant l'instruction.

Que se passe-t-il si l'enquête révèle un problème ?

Depuis le 18 juillet 2025, l'article 44-1 du décret permet au préfet de prononcer un rejet, une irrecevabilité ou un ajournement dès que « les éléments recueillis lors de l'enquête » montrent qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation, sans même faire l'entretien. Le ministre garde ce pouvoir au niveau du contrôle. Un fait sans condamnation donne souvent un ajournement, par exemple de deux ans, « pour comportement ». La décision doit être motivée et vous disposez de deux mois pour un recours préalable obligatoire (RAPO).

Sources

  • Décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, articles 36 (enquête), 41 (entretien), 44-1 (décision du préfet sans entretien, depuis le 18 juillet 2025) et 48 (complément d'enquête du ministre, rejet et ajournement) (Légifrance).
  • Code civil, articles 21-16 (résidence en France), 21-23 (bonnes vie et moeurs) et 21-27.
  • Circulaire du ministre de l'Intérieur du 2 mai 2025, « Orientations relatives à l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique », NOR INTK2513256J.
  • Statuts ANEF : relevé des codes de l'espace candidat par notre extension, voir statuts ANEF décodés.